Aggravation « inédite » de la pauvreté en France.

mercredi 7 septembre 2016 (mis à jour le 10-07 à 15h23)
 

Dans sa dernière étude sur « Les revenus et le patrimoine des ménages », l’Insee relève que le niveau de vie médian des Français a baissé de 1,1 % de 2008 à 2013, ce qui est sans précédent connu. Le recul a même été de 3,5 % pour les 10 % des ménages les plus modestes. L’Institut évoque aussi une « aggravation de la pauvreté inédite en France ».

Ce sont les plus modestes qui ont payé le plus lourd tribut à la crise ! Voilà le principal constat qui ressort de l’édition 2016 de l’enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur « Les revenus et le patrimoine des ménages », publiée ce mardi 28 juin. Pour n’être pas surprenants, les chiffres révélés par cette étude n’en sont pas moins alarmants : sur les cinq années étudiées, de 2008 à 2013, qui couvrent les années au cours desquelles la crise a le plus fortement fait sentir ses effets, le niveau de vie médian des Français a baissé de 0,2 % en moyenne par an, soit de 1,1 % au total, ce qui est « inédit » depuis que cette étude existe, c’est-à-dire 1996. Pour les 10 % des ménages les plus modestes, la baisse a même atteint 3,5 %. Autrement dit, la crise a très fortement creusé les inégalités. L’Institut détaille aussi les évolutions de la pauvreté en France, en évoquant une « aggravation inédite en France ».

Traditionnellement, l’enquête annuelle de l’Insee suscite, certes, un regret, car les chiffres qui y sont présentés sont vieux de trois ans. Pour y voir clair sur les évolutions des revenus et des patrimoines des Français, l’Institut doit en effet collecter les données fiscales, qui constituent la source la plus fiable. Et du même coup, l’enquête annuelle ne colle jamais avec les évolutions les plus récentes. L’édition 2016, qui présente les données disponibles jusqu’à la fin de 2013, a toutefois un intérêt encore plus grand qu’à l’accoutumée car elle permet de cerner l’évolution de ces inégalités pendant les années où la crise a été le plus forte, de 2008 à 2013.

Voici ci-dessous l’enquête de l’Insee : Les premiers chiffres qui retiennent l’attention sont ceux qui sont les plus récents. On découvre ainsi qu’en 2013, en France métropolitaine, le niveau de vie médian des Français était de 20 000 euros par an, soit 1 667 euros par mois. En clair, 50 % des Français ont eu, cette année-là, un niveau de vie inférieur à ce seuil. Cette seule statistique est déjà très impressionnante car elle vient confirmer que le niveau médian des Français est très bas. À titre d’indication, le montant mensuel brut sur la base de 35 heures du Smic 2016 est de 1 466,62 euros, contre 1 457,52 en 2015. À l’aune de ce chiffre, on comprend donc la sidération des Français quand ils apprennent que les rémunérations annuelles de certains grands patrons, tel celui de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, peuvent dépasser les… 15 millions d’euros par an.

Mais dès que l’on prend un peu de recul, on s’aperçoit que les évolutions de ces dernières années ont été tout aussi défavorables. Cela n’a rien de très surprenant, puisque l’ajustement à la crise, c’est d’abord aux ménages que Nicolas Sarkozy puis François Hollande l’ont fait supporter. Les statistiques n’en révèlent pas moins l’ampleur des fractures sociales qui ont été à l’œuvre tout au long de ces années de crise. Sur cinq ans, entre 2008 et 2013, le niveau de vie médian des Français a ainsi perdu 1,1 %, soit 0,2 % par an. « Cette lente diminution sur cinq ans du niveau de vie médian est inédite sur la période d’observation des enquêtes Revenus fiscaux et sociaux, de 1996 à 2013 », relève l’Insee.

Concrètement, le niveau de vie médian des Français est ainsi tombé de 20 260 euros annuels en 2008 à 20 000 euros en 2013. Mais l’évolution est d’autant plus grave qu’elle recouvre de fortes disparités selon le niveau de vie des Français. Si l’on observe l’évolution de ce que l’Insee dénomme dans le tableau ci-dessus le « premier décile de niveau de vie des Français », c’est-à-dire le niveau de vie des 10 % les plus modestes, on s’aperçoit que le recul est considérablement plus accentué : il chute de 11 230 euros par an en 2008 à 10 730 en 2013. Autrement dit, le niveau de vie de ces 10 % les plus modestes a reculé de 935 euros par mois en 2008 à 894 euros en 2013.

Un réquisitoire accablant de la politique économique et sociale

ce diagnostic indiscutable constitue donc un réquisitoire accablant de la politique économique et sociale conduite par Nicolas Sarkozy, de 2008 à 2012, c’est-à-dire pendant une partie de la période sous revue dans cette étude. Mais c’est tout aussi accablant pour François Hollande, pour une double raison. D’abord, une partie de la période étudiée est celle du début de son quinquennat. Et puis surtout, il a poursuivi et aggravé la politique inégalitaire mise en œuvre par son prédécesseur, multipliant les cadeaux aux plus grandes fortunes et aux entreprises, refusant tout geste en faveur des plus modestes, et multipliant les réformes pour accentuer la flexibilité du travail. En bref, il n’a pas cherché à corriger ces évolutions ; il les a aggravées.

Or, ce que révèle aussi cette étude de l’Insee, c’est précisément l’onde de choc de cette paupérisation et surtout de cette précarisation de la société, qui sont le prolongement des réformes de flexibilité engagées depuis plus de vingt ans. Un dernier chiffre en témoigne : en 2013, « 1,9 million de personnes ayant un emploi vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 7,6 % des actifs occupés », relève l’Insee, qui assortit ce chiffre de ce constat de bon sens : « Occuper un emploi ne met pas toujours à l’abri de la pauvreté » ! En clair, sous ce capitalisme d’actionnaires, une nouvelle catégorie de salariés est apparue et se développe, celle des « working poors » – les travailleurs pauvres.

Or, si cette remarque vaut à l’évidence pour l’année 2013, qu’étudie l’Insee, elle reste naturellement plus que jamais pertinente en 2016. Il suffit d’étudier les dernières statistiques des demandeurs d’emploi : le nombre des demandeurs de la catégorie A, la plus restreinte, peut être sur une pente de léger reflux au second semestre de cette année, selon les prévisionnistes, celui des demandeurs des catégories A à E pourrait continuer de progresser à des niveaux historiques, touchant plus de 6,5 millions de personnes (lire Chômage : s’il vous plaît, pas de communiqué de victoire !).

C’est d’ailleurs en cela que cette étude de l’Insee constitue une alerte de première importance. Car elle montre que les dernières évolutions, marquées par un creusement des inégalités, sont inquiétantes. Dans une deuxième étude, couvrant une période encore plus longue, l’Insee fait un constat qui confirme le caractère très inégalitaire du capitalisme dans lequel la France a été aspirée dans le courant des années 1980-1990 : « L’étude des indicateurs d’inégalité de niveau de vie sur longue période montre des variations notables : après une baisse importante durant les années 1970 et 1980, puis une période de stabilité dans les années 1990, les inégalités se sont accrues au cours des années 2000. » Mais le travail de l’Insee a aussi valeur de mise en garde pour l’avenir : avec la déréglementation massive du travail que la France a connue, la reprise peut tout à fait s’accompagner du développement massif de la précarité et donc de la pauvreté. CQFD : dans un capitalisme marqué par un fort égoïsme social, une reprise peut aller de pair avec un nouveau creusement des inégalités…



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