Régularisons les jeunes sans papiers scolarisés  !

jeudi 11 octobre 2012
 

Personne ne quitte jamais son pays ou les siens, à moins d’y être contraint par la nécessité. La faim, la peur, le désespoir sont les moteurs principaux du départ, même si, à l’arrivée, la situation qui est faite à l’immigré, résident et travailleur clandestin, permet surtout aux marchands de sommeil et aux employeurs cyniques de s’enrichir en profitant de la misère et du silence de ceux qu’ils exploitent. Les jeunes majeurs scolarisés de Seine-Saint-Denis, dont RESF93 demande la régularisation, sont dans une situation encore pire que celle des adultes qui prennent le risque de venir vivre et travailler dans notre pays. Souvent, ils ont rejoint leurs parents après de longues années de séparation  ; parfois, ils ont été envoyés en France parce que plus personne ne pouvait s’occuper d’eux dans leur pays d’origine, ils sont alors seuls et dépourvus d’attaches affectives solides. Ils sont arrivés après treize ans (trop tard aux yeux de la loi), ont passé presque dix ans dans l’école de la République, ont appris le français, se sont fait des amis ici  : ils ne peuvent imaginer repartir loin d’un pays qui est désormais le leur.

Après la nécessité, est venu le choix. Ils demandent à devenir français pour pouvoir continuer à vivre auprès de ceux dont ils partagent la langue, les occupations, les rêves et les espoirs. Le droit, dans son aveuglement inique, les considère comme majeurs, supposés autonomes et responsables, et pense juste à les condamner à l’exil, eux qui sont encore des adolescents. Il n’est pas vrai qu’à vingt ans, on puisse sans dommages repartir dans un pays qu’on a quitté plusieurs années auparavant et dont on n’a que de lointains et très vagues souvenirs.

Enfance violentée par le déracinement, jeunesse passée dans la crainte, entrée dans l’âge adulte marquée par le rappel incessant qu’il faut repartir vers un ailleurs devenu étranger, parce qu’ici n’est pas chez soi  : comment la France peut-elle traiter ces jeunes gens autrement que comme des pupilles à protéger  ? Comment ce pays, qui se targue aux yeux du monde d’incarner les droits de l’homme, peut-il, avec autant de cynisme et de mépris, traiter en indésirables ceux dont le seul désir est de vivre, d’étudier et de travailler au sein de la France et pour elle  ? Nous n’avons de cesse, militants et sympathisants du Réseau Éducation sans frontières, de rappeler que les valeurs de la République doivent être mises en actes par l’État. Le nouveau président de la République a martelé que ces valeurs étaient les siennes pour se faire élire, et a laissé trahir immédiatement cet engagement axiologique.

Nous attendons depuis plusieurs mois que les jeunes majeurs ayant déposé un dossier en préfecture soient régularisés avec un titre stable. Ils ne l’ont pas été, et l’État continue son abjecte politique du cas par cas, octroyant aux uns des titres de séjour précaires qui ne règlent rien, refusant la régularisation aux autres, pour des motifs parfois retors, allant jusqu’à prétendre que certains dossiers sont trop anciens alors qu’ils ont seulement subi la lenteur de la procédure administrative  ! Nombreux sont les jeunes majeurs sans papiers qui, en cette rentrée, sont dans des situations dramatiques, faute de régularisation  : ils ont obtenu le baccalauréat, mais ne peuvent continuer leurs études dans la filière de leur choix  ; ils sont à la rue faute de ressources, ou continuent vaillamment leurs études avec le couperet de l’expulsion au-dessus de la tête.

Le 30 juin dernier, RESF93 avait réuni, autour d’un buffet joyeux et festif, militants et sympathisants. On était à Saint-Denis, au bord de l’eau. De l’autre côté du canal, les enfants du camp des Roms se baignaient entre les détritus. De part et d’autre de l’eau, une même misère, traitée avec le même mépris. De part et d’autre de l’eau, des enfants attendant qu’on les expulse ou qu’on les sauve. Dans Aubervilliers, le film d’Éli Lotar réalisé en 1945, on voit exactement la même scène. Jacques Prévert écrit, et Germaine Montero chante  : «  Gentils enfants d’Aubervilliers / Vous plongez la tête la première / Dans les eaux grasses de la misère / Où flottent les vieux morceaux de liège / Avec les pauvres chats crevés / Mais votre jeunesse vous protège / Et vous êtes les privilégiés / D’un monde hostile et sans pitié / Le triste monde d’Aubervilliers.  »

Enfants de Seine-Saint-Denis, 
aujourd’hui, votre jeunesse ne vous 
protège plus.

 

Par Catherine Robert, professeur de philosophie à Aubervilliers, militante RESF.
http://www.humanite.fr/tribunes/reg…



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