Résistons collectivement à la haine

jeudi 8 janvier 2015 (mis à jour le 10-01 à 14h22)
 

 Charlie Hebdo

Le Monde diplomatique - 8 janvier 2015

L’assassinat collectif perpétré mercredi 7 janvier 2015 au siège de Charlie Hebdo avait pour objectif de tuer des journalistes et des dessinateurs en raison de leurs opinions. Il endeuille les défenseurs de la liberté d’expression et saisit d’effroi l’ensemble de la société française. L’équipe du Monde diplomatique présente aux familles des victimes ainsi qu’à leurs amis ses condoléances, et les assure de sa solidarité.

Le massacre qui vient d’être commis contribue à une stratégie de la tension et de la peur dont les éléments sont, hélas, connus : fanatismes pseudo religieux, appels à un «  choc des civilisations  », grignotage des libertés publiques au prétexte, illusoire, de garantir la sécurité de tous et de remporter la «  guerre contre le terrorisme  ».

Une bataille cruciale est engagée. Elle a pour enjeu la définition même des lignes de fractures françaises. Des incendiaires voudraient enraciner en Europe un clivage opposant entre elles des fractions de la population définies en fonction de leur origine, de leur culture, de leur religion. Nous ferons tout au contraire pour qu’un même côté de la barricade rassemble tous les partisans d’une société émancipée, solidaire et joyeuse, pour laquelle se battaient aussi les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo.

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 #JeSuisCharlie : 100 000 personnes manifestent spontanément pour soutenir la liberté de la presse


Plus de 100 000 personnes ont manifesté leur solidarité à Charlie-Hebdo et leur attachement aux libertés dans toute la France, ainsi que dans de nombreux pays. Mais déjà, l’extrême droite tente de récupérer la tragédie.

100 000 personnes se sont spontanément rassemblées dans toute la France, dont 40 000 à Paris, pour manifester leur recueillement, leur solidarité et leur soutien à la liberté d’expression et de la presse, le 7 janvier au soir. Six heures plus tôt, la rédaction de Charlie Hebdo était la cible d’une attaque commando. Douze personnes ont été exécutées en pleine conférence de rédaction : huit membres de la rédaction – les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, le journaliste économiste Bernard Maris, la chroniqueuse Elsa Cayat, le secrétaire de rédaction Mustapha Ourrad –, un invité de la rédaction, Michel Renaud, un policier en charge de la protection de la rédaction, Franck Brinsolaro, un agent d’entretien de la Sodexo, Frédéric Boisseau. Après l’attaque, le commando a également abattu un policier, Ahmed Merabet, qui patrouillait dans la zone et a croisé la route des assaillants.


 

Alors que des dizaines de milliers de citoyens et citoyennes, d’organisations du mouvement social et syndical, se rassemblaient pacifiquement en soutien à l’hebdomadaire satirique de gauche, l’extrême droite commençait sa récupération politique et nauséabonde de la tragédie. Le FN réclame notamment un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Cette récupération dépasse les frontières nationales. Le Premier ministre grec Antonis Samaras a établi un parallèle entre le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et l’immigration illégale et s’en est violemment pris au mouvement de gauche Syriza, en tête des intentions de vote pour les prochaines élections législatives du 25 janvier, l’accusant de vouloir « accorder massivement la nationalité, l’accès aux soins et à la couverture sociale à tous les immigrés illégaux » (lire l’article de Politis). En France, quelques incidents anti-musulmans se sont déjà produits : coups de feu ou jets de pierre contre des salles de prière dans l’Aude et dans le Vaucluse, actes de vandalisme visant une famille musulmane dans le Vaucluse…

« J’ai le sentiment que la démocratie est ébranlée », confie la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, Christine Lazerges, lors de la soirée en mémoire des victimes, en défense de la liberté et contre la haine, organisée par Mediapart, réunissant de nombreux journalistes, dont la rédaction de Basta ! (vous pouvez la revivre en regardant l’émission). Elle s’inquiète également d’une « montée de l’islamophobie ». Jean-Pierre Dubois, Président de la Ligue des droits de l’Homme, appelle lui à ne pas sombrer dans « le piège », dans lequel « nos pays sont assez largement tombés » après le 11 septembre 2001. « Ce que veulent ces gens, c’est tuer pour faire reculer les libertés, intimider les journalistes et les citoyens. » Des libertés qui ont été symboliquement défendues dans la soirée du 7 janvier par des dizaines de milliers de citoyens, bien loin des tentatives de récupérations de l’extrême droite. Cela durera-t-il, après cette période de deuil national ?

 par Ivan du Roy

Photos : Eros Sana / Basta !

BASTAMAG - 8 janvier 2015 - http://www.bastamag.net/JeSuisCharl…

 

 


 Résistons collectivement à la haine

C’est notre 11-Septembre. Il y a dans la vie d’un peuple des heures de défi. Des heures où la blessure que la haine nous inflige est si effroyable qu’elle voudrait être mortelle. Des heures d’effroi où cette blessure fait si mal, où l’horreur est si lourde à supporter que l’on sent, hélas !, la bête peureuse et dangereuse prête à se réveiller en soi…

Car dans ce type de moment, tout de suite après le premier réflexe de la douleur et de la colère, arrive la tentation de rendre le mal par le mal, de faire violence pour se faire justice, de choisir la vengeance contre le mal – éternelle tentation, pour l’être humain, du Talion ou de la haine en retour de la haine.

Voilà à quoi notre société française est aujourd’hui confrontée, voilà le risque auquel nous devons être capables de résister collectivement : le risque que la haine de quelques fous déclenche une haine généralisée, et que nous soyons ramenés à quelque chose qui ressemblerait aux guerres de religion d’un passé qu’on croyait définitivement mort.

Attention à cette haine barbare donc, vigilance extrême vis-à-vis d’elle qui en nous frappant tous aujourd’hui aussi durement voudrait nous déterminer à croire que la France et l’islam sont deux ennemis n’ayant d’autre choix que de chercher à se détruire. Voilà le grand scénario maudit contre lequel nous allons devoir lutter de toutes nos forces, et contre lequel il nous faudra être collectivement le plus fort possible. Le vertige et la nausée que nous éprouvons tous ne doivent pas nous faire basculer dans le chaos avec ceux qui y sont déjà, ces barbares qui voudraient nous y entraîner. Ne leur faisons surtout pas ce cadeau, de laisser la bête immonde qui les a asservis nous emporter à notre tour.

Dans les heures, les semaines, les mois qui viennent, et par la faute de cet horrible attentat ce seront comme des vagues géantes qui vont déferler sur nous sans arrêt, et contre lesquelles il faudra réussir à s’arc-bouter tous ensemble. De toutes nos forces il faudra tenir bon, rester solidaires. Si dans nos rangs s’ouvre ne serait-ce qu’un interstice, ces vagues s’infiltreront et disloquerons l’édifice de notre nation tout entière. Tel est le néant où ces assassins immondes, auquel je dénie le nom de musulman, veulent nous précipiter tous.

Au passage, je dénonce leur perversion absolue de la référence à l’islam, tout en ajoutant que celui-ci est décidément bien malade, bien en crise, pour être revendiqué par de telles abominations ! Nous voilà tous exposés dès maintenant au risque gravissime que cet islam devienne définitivement le casus belli qui ruine notre société, au risque radical que celle-ci se déchire totalement en tombant dans le piège de confondre islam et barbarie, et d’accuser tous les musulmans de cette barbarie. Saurons-nous garder la tête assez froide pour éviter cela ? Serons-nous assez nombreux à garder un discernement lucide pour éviter que cet amalgame se produise ? Pour éviter que les musulmans fassent – à cause de quelques fous – l’objet d’un rejet massif, d’une hostilité et d’un racisme généralisés ?

C’est le moment historique pour nos chefs politiques, pour nos institutions, pour nos valeurs, pour nous tous, de prouver notre solidité comme nation. Le moment historique de prouver que nous sommes capables de ne pas nous laisser impressionner et de ne pas nous laisser éparpiller en mille morceaux. Le moment historique de nous retrouver autour de nos valeurs, de retrouver notre confiance les uns envers les autres. Le moment historique de prouver que nous sommes trop forts pour être déroutés de notre cap par ces obscurantistes, et que même profondément meurtris nous sommes capables de continuer obstinément, fidèlement, à vouloir « faire société » autour de nos valeurs fondamentales et fondatrices – toutes les valeurs humanistes des droits de l’Homme –, partagées et aimées dans une fraternité réelle entre nous tous au-delà de nos différences de croyances religieuses et d’opinions politiques. Le moment historique est ainsi venu de démontrer que non, la République n’est pas morte, que non, l’Occident et ses valeurs ne sont pas suicidés – contrairement à ce que croassent en ce moment même tout une cohorte de corbeaux de malheur.

Refusons ensemble cette oraison de sinistres croque-morts dont les noires prophéties ne se réaliseraient que si elles nous persuadaient et réussissaient à nous désespérer. Démontrons tous ensemble au monde entier que la France reste ce pays qui non seulement ne cède jamais au chantage de la haine, ni à la tentation de la peur mais qui sait retrouver son unité et se revivifier pour rayonner à nouveau justement dans ce type de moment où la tragédie voudrait l’anéantir. Allons-nous être à la hauteur de ce génie ? Saurons-nous faire la preuve – parce que c’est cela désormais la cause nationale la plus urgente, la plus cruciale – que nous pouvons vivre avec l’islam, que nous pouvons vivre ensemble, non musulmans et musulmans, dans la paix, la concorde, la compréhension et la reconnaissance mutuelle, selon la conception commune d’une liberté d’expression garantie à chacun qui sache se concilier avec la liberté d’expression de tous les autres – ce que veut dire laïcité.

C’est maintenant que l’avenir se joue, et sur ce point : soit nous cédons à l’affolement, à la panique, à la tentation de la haine en faveur d’une extrême droite qui va attendre tranquillement que cet attentat contre Charlie Hebdo lui permette de faire les moissons électorales de l’épouvante ; soit nous tenons bon tous ensemble, non musulmans et musulmans, en affirmant d’une seule voix notre refus de la barbarie, et notre foi commune en la possibilité de construire une société à la fois multiculturelle et indivisible, nourrie de tous les héritages spirituels de l’humanité et laïque en même temps, sans aucune contradiction. Ne commettons pas l’erreur historique de refuser que l’islam et les musulmans participent à ce projet de société. Au contraire, que ces assassinats ignobles renforcent notre solidarité nationale et notre détermination à faire qu’avec l’islam nous construisions la civilisation capable de réunir demain le meilleur des humanismes d’Orient et d’Occident. La France doit être le lieu de cette réunification, avec ses musulmans qui désormais font ici partie de sa destinée.

Abdennour Bidar, philosophe
http://mobile.lemonde.fr/idees/arti…


 Unité nationale ? C’est non !

La légitime émotion collective créée par l’attentat contre Charlie Hebdo ne doit pas être le prétexte d’un Patriot Act à la française. Elle doit aussi conduire à une lutte sans compromis contre les fondamentalismes qui prospèrent aujourd’hui.

L’effroyable massacre de la rédaction de Charlie Hebdo a suscité une intense émotion, un sentiment profond de dégoût contre un acte barbare. Spontanément des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, les déclarations ont été unanimes pour condamner ces assassinats, c’était bien le minimum.

Il n’y a pas lieu de douter de la sincérité de toutes celles et tous ceux qui se sont exprimés, mais au-delà de la sidération commune, commencent les divergences politiques. Dès ses premières déclarations, le président de la République a appelé à « l’unité nationale face à la barbarie ». Il n’en est pas question. Une union nationale des forces politiques supposerait un accord sur ce qu’il faut dire et faire après un tel événement. C’est évidemment impossible.

 La tentation sécuritaire

Au lendemain même de l’attentat meurtrier à Charlie Hebdo, Marine Le Pen a déjà embrayé, réclamant un référendum sur la peine de mort. S’agissant de lutter contre des djihadistes qui partout manifestent le peu de cas qu’ils font de leur propre vie, aspirant plutôt au martyr, la revendication est grotesque. La présidente du FN le sait bien, et si elle utilise cette arme, c’est qu’elle tente de capter l’aspiration à l’ordre qu’un tel événement fait naître au sein d’une fraction de la population.

Depuis des années, l’arsenal législatif a été sans cesse modifié, se traduisant à chaque fois par de nouvelles restrictions des libertés et des moyens accrus de surveillance par l’État. Nicolas Sarkozy s’était spécialisé dans l’exploitation nauséabonde de faits-divers, pour alourdir à chaud les lois répressives de ce pays. Les conséquences sont bien connues, avec une criminalisation croissante des mouvements sociaux, les procès en tout genre contre des syndicalistes et l’utilisation d’armes disproportionnées contre des manifestations.

Le 24 décembre, dans un curieux cadeau de Noël aux internautes, Matignon a publié un décret d’application à l’article 20 de la loi de programmation militaire (LPM). Ce texte, sous le vocable lénifiant d’ "accès administratif aux données de connexion" permet une très large surveillance des télécommunications des Français (téléphone, SMS, internet, etc…) par les services de l’Etat.

 Lutter contre la barbarie fondamentaliste

Tous les éléments d’un Patriot Act à la française sont déjà en place. Nul doute que des voix nombreuses vont, au nom de la lutte contre le terrorisme, demander de nouvelles restrictions démocratiques. D’autres réponses sont pourtant possibles. Celle de Fabian Stang, maire d’Oslo, après la tuerie de l’Île Utøya perpétrée par le néo-nazi Anders Breivik en 2011 (69 morts parmi les jeunesses socialistes norvégiennes), est admirable : « Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie. » Elle évoque ce que doit être notre combat. Combattre la barbarie commence par ne pas abandonner nos valeurs. Céder à la peur, en rabattre sur nos exigences démocratiques est un piège redoutable (lire aussi "Face à l’horreur, ni la peur ni la haine"). C’est reconnaître nous même que nos ennemis ont gagné en entrant sur leur terrain.

S’il ne faut rien lâcher sur nos valeurs d’égalité, de démocratie, il faut aussi mener un combat implacable contre la barbarie djihadiste. Celle-ci est plus encore l’expression d’un projet politique totalitaire qu’une dérive intégriste et disons le mot, c’est une forme de fascisme. Les exactions de Daesh au Proche-Orient sont proprement abominables. Le massacre de mercredi n’est qu’un échantillon de ce que subissent tous les jours les populations yézidies, kurdes, chrétiennes et sunnites en Irak et en Syrie.

Cela suppose donc un combat de tous les instants contre ces courants, mais aussi leurs protecteurs. Chacun sait que l’Arabie Saoudite et surtout le Qatar ont abondamment financé Al Qaïda et Daesh, deux pays avec lesquelles la France entretient les meilleures relations pour des raisons économiques. Il y a peu encore, Nicolas Sarkozy, qui demande aujourd’hui des mesures énergiques au gouvernement, cachetonnait complaisamment à Doha à l’invitation de la Qatar National Bank. De toute évidence, la lutte contre le djihadisme est soluble dans le carnet de chèques.

 S’opposer à l’ascension politique des intégrismes religieux

Une partie de la gauche doit aussi balayer devant sa porte. Il faut être intraitable contre toutes les formes de racisme. Les discours haineux, les amalgames nauséabonds contre les musulmans sont devenus monnaie courante et nécessite un combat acharné et sans relâche. Mais ce qui s’est passé mercredi à la rédaction de Charlie Hebdo, les horreurs quotidiennes en Afghanistan, au Pakistan ou au Proche-Orient ne sont pas seulement le fruit d’une réaction, même très dévoyée, aux interventions impérialistes ou au climat antimusulman en France.

Il existe, de par le monde, une montée globale des intégrismes religieux et de leurs projections politiques. Le Tea Party aux États-Unis, la victoire électorale du BJP en Inde, l’extrémisme juif ou l’islamisme radical traduisent un recul de la sécularisation de la politique. Le phénomène est trop général pour ne pas renvoyer à des raisons d’ensemble qu’il faudra analyser en détail. Tous ces courants sont irréductiblement nos ennemis. Baisser la garde au nom d’un adversaire principal que serait l’impérialisme (ou autre) serait une tragique erreur. Au sein même du monde musulman existe une lutte à mort entre des courants modérés et des forces ultraréactionnaires. Ces derniers doivent être défaits.

Notre horizon, notre projet conjuguent égalité, liberté et solidarité. Cela suppose un combat de tous les instants contre la logique folle du capitalisme qui détruit nos sociétés. Cela signifie, aussi, d’être intraitable contre tous les fanatismes dont les valeurs sont point par point antinomiques aux nôtres.

Guillaume Liégard. Publié sur le site de Regards.
http://www.regards.fr/web/article/u...


 Pour une République effective

Communiqué commun LDH, Licra, SOS Racisme et Mrap

Aucun mot, aucune formule ne peuvent traduire notre peine : nous pleurons la mort de ceux et celles qui n’avaient qu’un crayon pour toute arme, et de ceux qui les protégeaient contre ce que nous pensions impossible. Les individus qui ont ainsi entonné un abominable hymne à la mort ont touché juste car c’est tout ce que nous aimons qu’ils ont assassiné : l’impertinence, le rire, l’inventivité, la joie de vivre, la liberté de penser, sans laquelle il n’est pas d’humanité. Et nous avons besoin que cette peine soit partagée entre tous, ici en France comme partout dans le monde. Ce monde qui a ressenti que cet événement n’était pas hexagonal mais notre histoire commune.

Bien sûr, il faudra enquêter, juger et sanctionner. Aucune démocratie ne peut accepter de plier face au fanatisme, à la violence, encore moins quand elle est dirigée contre un de ses piliers, la liberté d’expression. Bien sûr, c’est dans le cadre de l’Etat de droit que doivent agir les forces de l’ordre. C’est aussi sans stigmatisation des personnes se réclamant de l’islam que nous devons exprimer notre rejet de cette barbarie, si nous ne voulons pas entretenir des solidarités malsaines.

L’émotion ne suffit pas. Des voix s’élèvent pour appeler au rassemblement au nom des principes de la République. Mais de quelle République s’agit-il ? Il n’est pas certain que le mot suffise, en effet, à partager les mêmes principes ni les mêmes valeurs.

Le constat est terrible : sur fond de crise sociale permanente, la cohésion de notre pays a éclaté. Racisme et antisémitisme, stigmatisation d’une partie de la population, retour de la vieille antienne du bouc émissaire dont on ne retient que l’origine, relégation dans des ghettos territoriaux et scolaires, replis identitaires, ignorance de notre histoire, qu’elle concerne l’esclavage, la collaboration ou le colonialisme, et ces mots d’exclusion devenus si quotidiens au nom d’une conception dévoyée de la liberté d’expression. Pire, certains détenteurs de la parole publique n’ont pas su, et parfois pas voulu, respecter les symboles de l’égalité républicaine.

Ne le dissimulons pas, nous sommes tous responsables de cette situation. Cet échec nous est commun et nous ne saurions nous dispenser d’un regard critique sur nos propres actions.

Lorsque les principes mêmes de la République sont contredits par la réalité, chacun interpelle celle-ci dans une sorte de sauve-qui-peut généralisé en lui délivrant injonction d’agir pour son propre sort sans référence à l’intérêt commun.

S’il est bien que les partis politiques, acteurs essentiels de la vie démocratique, s’emparent de ce débat, c’est d’abord au citoyen de le mener. Avant même de rassembler les institutions et les organisations, c’est d’abord les hommes et les femmes de ce pays qu’il faut rassembler autour non d’une incantation, mais d’une République effective pour tous.

Parce que nous voulons vivre ensemble, sans racisme et sans discriminations, quelles que soient nos origines, parce que la laïcité sans adjectif, celle qui accueille sans exclure, est la garantie de la paix civile, parce que nous sommes attachés à chacun des termes fondateurs de la République – Liberté, Egalité et Fraternité –, nous avons décidé de le dire dans la rue dimanche 11 janvier, sans slogans ni bannières, simplement pour dire ensemble notre peine mais aussi notre adhésion à une République dans laquelle chacun peut, sans distinctions, se retrouver. Tel est le sens de notre appel.

Alain Jakubowicz, président de la Licra, Pierre Mairat, co-président du Mrap, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Pierre Tartakowsky, président de la LDH

Paris, le 9 janvier 2015.
http://www.ldh-france.org/republiqu...



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